Comment les médias sont passés de « très faibles contaminations » à « accident nucléaire » ?

Comment les médias sont passés de "très faibles contaminations" à "accident nucléaire" ?


Comment créer une information angoissante à partir de données rassurantes ? Résumé heure par heure d'une panique médiatique :


Comment créer une information angoissante à partir de données rassurantes ? Résumé heure par heure d'une panique médiatique :

Rapide résumé de la situation :

Depuis quelques jours, une véritable panique médiatique s'est propagée en France, la cause ? Pas grand chose justement... Pour mieux comprendre, voici un rapide résumé chronologique de cette affaire :

  • Entre le 25 septembre et le 12 octobre : des traces infimes de ruthenium-106 sont détectées en Europe (entre 300 et 17 000 fois en dessous des normes selon l'OFSP).
  • Le 4 octobre : l'IRSN (et d'autres agences) révèle cette information en étant rassurante.
  • Entre le 4 et 10 octobre : quelques rares médias relaient l'information avec prudence.
  • Le 9 novembre : l'IRSN publie son rapport complet, confirmant l'absence de danger et l'origine russe de la pollution.
  • Entre le 10 et 11 novembre : les médias lancent des alertes au nuage radioactif et parlent d'accident nucléaire dans leurs titres...

L'information est réellement inquiétante ; quelque part en Russie, sur quelques km², des populations sont très certainement exposées à des seuils dangereux de ruthenium-106.

En revanche, sous-entendre que nous vivons un second tchernobyl ou que la France est en danger ne relève plus des faits mais du fantasme. Si certains journaux ont fait l'effort de formuler leurs titres avec soin pour lutter contre cette ambiguïté, nous allons voir que beaucoup n'ont pas pris cette peine...

Analyse détaillée

Nous constatons que cette affaire se décompose en deux phases distinctes :

  • Entre le 4 et 10 octobre se déroule la première alerte médiatique. Celle-ci est mesurée et très peu relayée.
  • Entre le 10 et 11 novembre se déroule la seconde alerte médiatique. Celle-ci est (exagérément) alarmiste et fortement relayée.

Si la première alerte est parfaitement justifiée et fait suite aux révélations des agences d'expertises européennes, la seconde est plus surprenante puisqu'elle ne part de... rien.

L'événement responsable de ce second emballement médiatique est en fait - ironiquement - le rapport de l'IRSN du 9 novembre qui confirme l'origine russe du problème et l'absence de risque en France. En d'autre termes, les données de novembre sont identiques à celles d'octobre, à la seule différence que celles-ci sont encore plus rassurantes.

(titre alarmiste : parle de nuage radioactif, accident nucléaire - titre neutre : fait des efforts pour nuancer - titre rassurant : souligne l'absence de danger)

Nous constatons clairement l'absence d'alarmisme en octobre (0% des titres) et son omniprésence en novembre (73% des titres). Pire encore, si 73% des articles ont un titre alarmiste, ceux-ci représentent jusqu'à 93% de l'audience ! (somme des partages et commentaires facebook) Les formules rassurantes quant à elles n'ont représenté que 0,03% de l'audience. Autrement dit, plus le titre était mauvais, plus il a fonctionné.

Notons par ailleurs que c'est le Figaro qui a couvert le premier cette affaire le 10 novembre, avec un article publié à 6h "Première carte de la mystérieuse pollution radioactive au ruthénium 106 en Europe". Le Parisien qui est le second à en avoir parlé titre "Nuage radioactif détecté en France en octobre : un accident nucléaire en Russie ?" et fait 4 fois plus d'audience... Les autres médias suivent le pas.

 

On pourrait nous reprocher de nous concentrer uniquement sur les titres et de ne pas analyser les articles en détails, ceux-ci sont d'ailleurs pour la plupart de bonne qualité (mieux que le titre disons).
Mais le problème, c'est que "presque" personne ne lit ces articles (et encore moins le rapport de l'INRS !), nous nous contentons en général de lire les titres, et c'est logiquement la principale chose que nous retenons de ces histoires.

Pour l'illustrer, tentons de prendre la température en nous basant sur 57 commentaires Facebook de BFMTV sélectionnés aléatoirement :

9 commentaires sur 10 étaient alarmistes, 3 sur 10 faisaient même référence à Tchernobyl... Une partie très importante de ces critiques était même complotiste "Sans danger ? Mais bien sûr ! Ils nous mentent clairement".

Il est particulièrement "triste" de lire autant de haine, de mépris et de peur dans ces commentaires, alors qu'à l'origine... Il ne s'agît que d'une construction médiatique qui se base sur des données extrêmement rassurantes.

En conclusion

Nous avons ici un cas d'école de panique médiatique sans fondement.

L'information est partie des agences d'expertises européennes qui ont toutes été extrêmement rassurantes. L'information a été reprise par des articles plutôt rassurants, et ces derniers ont été mis en avant avec des titres sensationnalistes, pour au final nous retrouver avec des commentaires nous annonçant la fin du monde.

 

Sources : Fichier Excel

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  1. Pingback: Comment créer une information angoissante à partir de données rassurantes ? - Formateur Thomas Hanson

    • Alexandre D.
    • 13 novembre 2017
    Répondre

    Je dois avouer que dans ces moments-là on est bien content d’être déconnecté des médias quotidiens pour la plupart sensationnalistes, peu renseignés et dont les gros titres accrocheurs ne font que souligner l’ampleur du néant qu’il y a à rapporter. Tout avait déjà été dit en octobre.

    Je préfère mille fois plus (en soi, vu que c’est un sentiment, je pourrais aller jusqu’à « infiniment fois plus ») lire un bon article scientifique ou philosophique imbuvable, qui a au moins le mérite de proposer un véritable fond, une matière qui soit si satisfaisante pour l’esprit que ce dernier n’en redemande pas avant quelques heures de pause ou de divertissement.

    Finalement, le problème n’est pas tant le contenu des articles incriminés (peu intéressant au demeurant) que la façon dont ils sont mis en avant pour simplement… exister. J’avais déjà lu plusieurs réflexions parlant justement d’une « crise des media » au sein de notre modèle économique moderne. Je crois qu’on est en plein dedans.

  2. Répondre

    quel boulot pour collationner cette revue de presse ! Merci !

    • Martin
    • 13 novembre 2017
    Répondre

    Cet article est quand même très franco-centré.
    « En d’autre termes, les données de novembre sont identiques à celles d’octobre, à la seule différence que celles-ci sont encore plus rassurantes. »
    Rassurantes pour la France. Pas pour la Russie.
    L’information nouvelle principale est qu’il y a eu un accident grave et que des populations pourraient être exposées à un danger important (ce qu’on ne savait pas début octobre) et qu’on n’en connaît pas la source.
    Donc, oui, l’information est alarmante. Pas pour notre petite santé à nous mais pour celle des populations exposées et plus généralement parce qu’elle démontre un manque de maîtrise de la filière nucléaire et/ou un manque de transparence qui rappelle les premiers jours suivant Tchernobyl.

      • Jean Pritika
      • 13 novembre 2017
      Répondre

      Sauf que parlez d’accident grave sans savoir ce qu’il s’est passé.
      Danger important ?Information alarmante ?
      manque de maîtrise de la filière nucléaire ?
      En fait vous reproduisez les discours des journaleux en quête de scoop.
      Visiblement vous ne savez pas ce qu’il s’est passé …

      • Vindinum
      • 13 novembre 2017
      Répondre

      Oui, je suis entièrement d’accord sur ce point ; cet article est très franco-centré.

      Comme mentionné au début : « L’information est réellement inquiétante ; quelque part en Russie, sur quelques km², des populations sont très certainement exposées à des seuils dangereux de ruthenium-106. »
      Mais comme je l’indique également juste après, je ne critique pas tant ce point qui me semble plus que justifié, mais l’alarmisme inutile qui en découle en France dans de nombreux titres. Si vous avez lu les titres cités, je pense que vous comprenez très bien l’emballement que je dénonce. :/



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    • Alexandre D.
    • 13 novembre 2017
    Répondre

    Je dois avouer que dans ces moments-là on est bien content d’être déconnecté des médias quotidiens pour la plupart sensationnalistes, peu renseignés et dont les gros titres accrocheurs ne font que souligner l’ampleur du néant qu’il y a à rapporter. Tout avait déjà été dit en octobre.

    Je préfère mille fois plus (en soi, vu que c’est un sentiment, je pourrais aller jusqu’à « infiniment fois plus ») lire un bon article scientifique ou philosophique imbuvable, qui a au moins le mérite de proposer un véritable fond, une matière qui soit si satisfaisante pour l’esprit que ce dernier n’en redemande pas avant quelques heures de pause ou de divertissement.

    Finalement, le problème n’est pas tant le contenu des articles incriminés (peu intéressant au demeurant) que la façon dont ils sont mis en avant pour simplement… exister. J’avais déjà lu plusieurs réflexions parlant justement d’une « crise des media » au sein de notre modèle économique moderne. Je crois qu’on est en plein dedans.

  2. Répondre

    quel boulot pour collationner cette revue de presse ! Merci !

    • Martin
    • 13 novembre 2017
    Répondre

    Cet article est quand même très franco-centré.
    « En d’autre termes, les données de novembre sont identiques à celles d’octobre, à la seule différence que celles-ci sont encore plus rassurantes. »
    Rassurantes pour la France. Pas pour la Russie.
    L’information nouvelle principale est qu’il y a eu un accident grave et que des populations pourraient être exposées à un danger important (ce qu’on ne savait pas début octobre) et qu’on n’en connaît pas la source.
    Donc, oui, l’information est alarmante. Pas pour notre petite santé à nous mais pour celle des populations exposées et plus généralement parce qu’elle démontre un manque de maîtrise de la filière nucléaire et/ou un manque de transparence qui rappelle les premiers jours suivant Tchernobyl.

      • Jean Pritika
      • 13 novembre 2017
      Répondre

      Sauf que parlez d’accident grave sans savoir ce qu’il s’est passé.
      Danger important ?Information alarmante ?
      manque de maîtrise de la filière nucléaire ?
      En fait vous reproduisez les discours des journaleux en quête de scoop.
      Visiblement vous ne savez pas ce qu’il s’est passé …

      • Vindinum
      • 13 novembre 2017
      Répondre

      Oui, je suis entièrement d’accord sur ce point ; cet article est très franco-centré.

      Comme mentionné au début : « L’information est réellement inquiétante ; quelque part en Russie, sur quelques km², des populations sont très certainement exposées à des seuils dangereux de ruthenium-106. »
      Mais comme je l’indique également juste après, je ne critique pas tant ce point qui me semble plus que justifié, mais l’alarmisme inutile qui en découle en France dans de nombreux titres. Si vous avez lu les titres cités, je pense que vous comprenez très bien l’emballement que je dénonce. :/

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